Oscar B.
Peinture contemporaine / Contemporary painting

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urban

         Qui est parvenu ne serait ce que dans une certaine mesure à la liberté de la raison, ne peut rien se sentir d’autre sur terre que voyageur. Pour un voyage toutefois qui ne tend pas vers un but dernier car il n’y en a pas.

Mais enfin, il regardera les yeux ouverts à tout ce qui se passe en vérité dans le monde. Aussi ne devra-t-il pas attacher trop fortement son cœur à rien de particulier. Il faut qu’il y ait aussi en lui une part vagabonde dont le plaisir soit dans le changement et le passage.

Sans doute, cet homme connaîtra les nuits mauvaises où pris de lassitude, il trou­vera fermée la porte de la ville qui devait lui offrir le repos. Peut être qu’en outre, comme en Orient, le désert s’étendra jusqu’à cette porte, que des bêtes de proie y feront entendre leur hurlement, tantôt lointain, tantôt rapproché, qu’un vent vio­lent se lèvera, que des brigands lui déro­beront ses bêtes de somme. Alors, sans doute, la nuit terrifiante sera pour lui un autre désert, tombant sur le désert, et il se sentira le cœur las de tous les voyages.

Dès que le soleil matinal se lève, ardent comme une divinité polaire, que la ville s’ouvre, il verra peut-être sur les visages de ses habitants plus de désert encore, plus de saleté et de fourberie et d’insécurité que devant les portes. Et le jour, à quelque chose près, sera pire que la nuit. Il se peut bien que tel soit à quelque moment le sort du Voyageur. Mais pour le dédommager vien­nent ensuite les matins délicieux d’autres contrées, nés des mystères du premier matin. Il songe à ce qui peut donner au jour entre le 10e et le 12e coup de l’horloge, un visage si pur, si pénétré de lumière, de sereine clarté qui le transfigure. Il cherche la philosophie d’avant midi.



Le Voyageur
FRIEDRICH NIETZSCHE

            He who has attained intellectual emancipation to any extent cannot, for a long time, regard himself otherwise than as a wanderer on the face of the earth and not even as a traveller towards a final goal, for there is no such thing.  

But he certainly wants to observe and keep his eyes open to whatever actually happens in the world; therefore he cannot attach his heart too firmly to anything individual; he must have in himself something wandering that takes pleasure in change and transitoriness.  

To be sure such a man will have bad nights, when he is weary and finds the gates of the town that should offer him rest closed; perhaps he may also find that, as in the East, the desert reaches to the gates, that wild beasts howl far and near, that a strong wind arises, and that robbers take away his beasts of burden.  Then the dreadful night closes over him like a second desert upon the desert, and his heart grows weary of wandering.  

Then when the morning sun rises upon him, glowing like a Deity of anger, when the town is opened, he sees perhaps in the faces of the dwellers therein still more desert, uncleanliness, deceit, and insecurity than outside the gates and the day is almost worse than the night.  
Thus it may occasionally happen to the wanderer but then there come as compensation the delightful mornings of other lands and days, when already in the grey of the dawn he sees the throng of muses dancing by, close to him, in the mist of the mountain; when afterwards, in the symmetry of his ante meridian soul, he strolls silently under the trees, out of whose crests and leafy hiding places all manner of good and bright things are flung to him, the gifts of all the free spirits who are at home in mountains, forests, and solitudes, and who, like himself, alternately merry and thoughtful, are wanderers and philosophers.  Born of the secrets of the early dawn, they ponder the question how the day, between the hours of ten and twelve can have such a pure, transparent, and gloriously cheerful countenance: they seek the ante-meridian philosophy.



The Wanderer
FRIEDRICH NIETZSCHE

A la recherche de la philosophie d'avant-midi "Le voyageur et son ombre" (extrait d'Humain, Trop Humain de Nietzsche). Voix de Gilles Deleuze mis en musique par Heldon - Richard Pinhas
https://youtu.be/HI9_a5bvvV4

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